Réplique du film Ecrire pour Exister

C'est quoi un holocauste ?

Personnage(s): Tito


Film: Ecrire pour Exister

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Comment te dire maman. C'est plus fort que moi, malgré moi j'peux pas t'écouter. J'ai besoin de te montrer que j'veux pas être ce que t'es. J'voudrais te dire que je t'aime, mais j'refuse ta position, te ressembler. Je peux pas accepter l'inacceptable, de ta relation avec cet homme qui est mon père. J'ten veux d'obéïr toujours, je sais que t'as pas le choix. Mais cette peur que tu transpires j'en veux pas. J'ai besoin de me battre, c'est vital j'ai besoin de ça, l'ouvrir tout le temps sinon rien, vivre sans ça je veux pas, je peux pas, plutôt crever. Mais maman c'est une médaille pour mutilée de guerre qu'il faudrait te remettre. Jamais de ma vie dans l'épreuve de la douleur j'ai vu une femme en passer par autant de positions. J'tai vue à la verticale, à l'horizontale, par terre, sur le ventre, sur le dos, hématome en pleine face, trempée de peur, se cacher dans les chiottes devant l'évier, ensanglantée, crâne ouvert, bouche pendante, menaçante, vouloir se défendre, rapidement allongée, agrippée au pied de table, se faire traîner, un gros trou dans les cheveux, énorme poignée de mèches dans les mains du père, rage montée, genoux en sang, supplier, prier. Courage chèrement payé. Souffrance sans prix, statut de mère durement vécu, préserver, défendre, faire le moins de dégâts possible, pour les autres vies au moins. Mais rester maternelle avant tout. Ah lui l'père ça le dérange pas de te défoncer, ça veut rien dire il peut pas comprendre. Trop encombrant. Jamais soucié par son rôle d'homme. Le semblant de paix, le bonheur qu'on te fait bouffer à l'extérieur, je vois bien que tu t'y fais pas. Je sais que c'est de la dignité devant moi, t'as toujours nié, jamais avoué. Mais seule j'entend les cris de ton cœur devenus trop bruyants. Alors on peut vivre de cette façon comme si ça dérange personne, comme si ton existence a si peu de valeur. Tellement inexorable, tellement rien du tout. Mais tu pourrais crever dans cette incompréhension, crever dans le silence, crever dans l'indifférence générale, crever dans l'idée que toi et tes semblables se courberont toujours et encore. Dure constatation, mais maman même si maintenant ta bouche est close, ta face, ta gueule, ton visage est marqué par le passé. Mais sur ton front se lit que le malheur, la souffrance t'ont traversée. Sous mes yeux ta vie se déroule. Je veux pas collaborer au putain de rôle que père tente de tenir. Tout seul il peut se persuader qu'il a rien fait, il peut se convaincre que c'est pas sa faute, mais moi rien, que dalle. J'arrive pas à gober, j'avalerai rien, j'contribuerai pas, je lui rappellerai. J'y veillerai maman, je t'aime. Je t'aime.

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